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Blog des textes poétiques de Jean-Luc Vernal... Un étrange pont entre le reporter d'aujourd'hui et le barde d'hier. Peut-être sont-ils le même homme ?

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CARTES POSTALES VERS LE NEANT...

Le néant sur la terre c’est demain…

Ces mots sont des cris qui s’envolent

sans ricocher dans l’esprit d’un humain.

Les images jaunissent et s’étiolent,

dans tous les journaux du matin

que plus personne ne survole :

la mort de tout c’est le refrain.

J’envoie dans le vent des mots d’angoisse,

des mots de feu, des mots de glace…

La poésie ne rime à rien!

Pour elle aujourd’hui, plus de place…

Cartes postales sans destinataires…

Demain ? 

Il n’y aura plus d’hommes sur la terre.

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Tags Technorati: Cartes postales vers le néant, Jean-Luc Vernal

BOMBARDEMENT

Nous sommes tous bombardés, jour après jour, par des milliers de cartes postales.  Elles viennent du passé, du présent, voire, plus surréalistes, peut-être du futur…

Ces cartes postales se collent à la peau dans notre glu personnelle, se superposent en couches de plus en plus épaisses, finissent par nous submerger, nous faire ressembler à ces épouvantails de western, couverts de goudron et de plumes collées, qui s’enfuient vers l’horizon pour échapper à la vindicte de foules désaccordées. 

Ceux qui n’ont pas d’émotions n’exsudent pas cette glu.  Rien ne leur colle.  A moins qu’aucun service postal ne desserve leur absence de sensibilité ?  Ou encore ils reçoivent des cartes qui n’ont rien à voir avec les vôtres ?  Dès qu’ils perçoivent votre différence, ils deviennent violents.

C’est clair, il faut donc cacher la couleur et la provenance de vos cartes.

Positives, elles participent à notre culture, négatives elles forment nos révoltes.  Ni l’une, ni les autres ne sont bonnes à être dévoilées.

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LAPIDATION

à P.d.H, M.V. et O.D.

Ne montrez surtout jamais à votre entourage, les cartes postales où bondissent, en ligne claire et en traits purs, vos amours non conventionnelles : cabris de rêve, tout en rondeurs, comme nés sous le crayon de Disney.

Les gens prétendraient avoir vu une image porno. 

Et vous lapideraient.   A coups de mots de pierre.

Dans votre dos…

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ECLIPSE

Aube morte à l’aube.  Le souvenir somnambule tâte mon âme recroquevillée de ses doigts d’icônes longs comme mes regrets.

Pourquoi ai-je voulu  -alchimie du songe-  à cette image naïve, une précision de carte postale en couleurs ?

Ne secouez jamais un souvenir.

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LE DERNIER ELU

L’homme vient d’être élu.  Il est le maître du monde.  Il entre dans son immense bureau avec un gros soupir d’aise.  Dehors c’est l’enfer.  La nature n’existe plus. Définitivement oblitérée. Mais il s’en fiche.

Dans son bureau, une multitude de fritillaires, fleurs élégantes qu’il a sauvées et rempotées.  Parce qu’elles courbent la tête en permanence.

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ENGEANCE

Comme d’un berceau, Noé sort de son arche.  Qui sait, parmi les passagers, s’il ne survit pas un gène d’avocat ?

Chez l’âne peut-être ?

Ne riez pas de sa faconde.  Il peut apprendre le métier aux nouveau-nés.  Un soir de Noël par exemple, tout bas dans un souffle…

Il n’y a que l’homme pour instruire les juges et faire bouillir les assassins.

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QUAND IL ETAIT ENCORE TEMPS...

Son filet, hop, une bulle !  Pas moins bête qu’un pêcheur dont la ligne se met à bander pour une godasse.  Sa science ?  Les papillons.  Mais une bulle c’est plus délicat…

Il commence par être désorienté, puis il se fâche :

-Et qui sera Thésée face au Minotaure dans ce Labyrinthe éternel… Qui va combattre ?  me crie le vieil ermite avec arrogance.  Sa culture me surprend.  Il se souvient de Thésée !  Peut-être un espoir…

Il ramasse une pierre, me la lance : -« Va faire tes bulles ailleurs ! »

Il sait pourtant que j’ai raison lorsque ma bulle condamne à mort le Minotaure, mais j’ai eu tort de le prendre pour un héros.  Et c’est parce que j’ai raison et qu’il est impuissant, qu’il se fâche…  Ailleurs ?

Ailleurs, c’est la ville.  Battre tambour.  Mains en porte-voix : -« J’embauche !  Il est midi, les Diogène et les lanternes d’abord… »  Ma bulle a la grosseur d’une Montgolfière cette fois…  Ils prennent peur.  La foule se disperse dans tous les sens et prend la fuite. 

Le drame aujourd’hui c’est que les références sont mortes :  plus personne ne sait qui était Diogène, qu’il vivait dans un tonneau à moitié nu, et qu’il parcourait les rues d’ Athènes en plein jour avec une lanterne, en clamant : « Je cherche un homme ! »

Et moi, ne suis-je pas trop stupide de chercher un homme qui cherche un homme ?  Un homme qui puisse tuer le Minotaure, et surtout détruire définitivement le Labyrinthe… 

A quoi servent les mots ?

Ne sont que bulles de scribe qui éclatent aussitôt.

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LE LABYRINTHE

à Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal…  à la même table du même poker qui nous exclut.

Il gît, miroitant, sur les genoux glacés du temps depuis l’aube de l’Aube.

Petits bipèdes…  Il nous contient tous, lui, ses abords, et son pourtour.  Certains n’osent pas y entrer.  Ils passent leurs vies à glander tout alentour.   C’est leur droit de refuser les règles de ce jeu cruel.  Ils sont marginaux…  certains en sont fiers.  Chacun son truc !

(Aucun parmi eux ne recevra le fil d’Ariane…)

Il gît, chatoyant, sur les marches froides du marbre rare qui mène au Pouvoir absolu. 

Il semble construit, érigé selon des plans d’architecte (mais par qui ?).  Il gît immobile, mais il vit, lui seul, puisqu’il gouverne nos vies de guingois… Il palpite, il frémit comme un fauve aux aguets. 

Lui,   le labyrinthe en surbrillance, avec ses

murs mobiles, gélatineux de chair flasque, dégoulinante de sucs immondes, qui s’avancent, puis se reculent pour se faire un maquillage de graffitis où le dollar se dispute à l’euro. Ensuite un petit collage d’affiches de sourires faux, de grimaces politiciennes, puis s’avancent encore et nous étouffent. 

Ils ricanent, juste assez pour nous piquer au vif, et nous forcer à marcher de l’avant.  Plus vite, et plus vite encore…   

Envoi d’images hallucinatoires.  Le labyrinthe nous fait croire que nous avons dans nos poches l’arme qui vaincra son allié de toujours, le Minotaure. Aussi le fil de la chance, celui d’Ariane, pour nous aider à sortir de son intestin qui se ramifie à l’infini.

De fait, il n’est qu’un gros intestin, plein de petites hernies qui ne nous mènent nulle part, qui nous font perdre du temps.  Pendant qu’il nous digère.  C’est sa fonction.

Il nous laisse entendre que lorsque nous aurons massacré le Minotaure et que nous serons sortis vivants par le trou de son cul, nous aurons conquis le Pouvoir à notre tour, que nous n’étoufferons plus, que nous serons enfin heureux, que nous pourrons posséder toutes les filles, ou mieux, la seule qui nous fasse défaillir.

Et même, pour ceux que ça excite : qu’ils pourront à leur tour créer un nouveau labyrinthe afin que d’autres s’y fourvoient sans jamais atteindre la sortie, sauf en se faisant chier jusqu’à la toute fin, comme une merde. 

Le labyrinthe, l’attrape-nigaud majeur… 

Dès que le Minotaure est mort, les murs se mettent à pousser vers l’extérieur -pustules humides et jaunes- une éruption de moulages obscènes et facétieux : des pieds-de-nez, des bras d’honneur, des majeurs tendus qui font le signe de te défoncer l’anus, un sexe d’âne énorme en demi érection, une main fine, féminine ou masculine, qui s’avance vers ton froc, à hauteur de braguette pour baisser la tirette et te branler, le tout ponctué de petits rires hystériques…

Puis les murs se mettent à vibrer, à sonner même, pour mettre en alerte toutes les polices minotaures du monde ; qu’on t'arrête, qu’on t'enferme, qu’on te digère définitivement…

Les sorties sont bloquées, constipées…  On cherche à t'anéantir sur place.  Beaucoup de bipèdes sont épuisés, sans plus de courage.  Ils se laissent choir.   Assis par terre.  Dos aux murs qui les aspirent et les avalent en quelques secondes. 

Certains se mettent à courir vers la sortie.  Un sur cent y parvient !  Il croit obtenir le Pouvoir.  Celui de dominer les autres.  Celui de gagner le jackpot.  Il est couvert de merde mais il affecte de s’en foutre.  Ou alors il s’écroule, juste après la sortie, trop vieux tout à coup, trop usé pour faire un pas de plus.

Personne n’a pensé qu’ il fallait détruire le labyrinthe…  Arracher une corne du Minotaure, et poignarder la paroi des murs sans relâche.  Elargir le trou. Avec la ténacité et l’énergie d’un mineur de fond.

Y mettre un grand rire explosif…  Y plonger son sexe comme un bâton de dynamite…  Y enfouir son intelligence atomique au-delà du seuil critique.  Sans compte à rebours.  Sans plus de comptes en banque.  Sans plus de banques.

Evaporer définitivement le labyrinthe  et ses annexes: changer d’harmonique, changer de monde… changer le monde…

Planter des chênes, immédiatement millénaires, aux racines mangeuses, broyeuses, affamées par des siècles de faim de justice, sur les escaliers du Pouvoir…

Poudre de marbre s’envole au vent.

Ma jeune femme divinement nue sous sa robe de dentelles blanches peut enfin rire vraiment.

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ONNA

Onna est l’idéogramme pour « femme » en japonais.  Quelques femmes nées proches du Soleil Levant évoluaient dans un livre de légendes.  Les  regarder vivre avec curiosité, intérêt et passion..

Et pourquoi, pendant le temps de la lecture, épousant leurs émotions, suivant leurs courbes mentales et physiques, ne vivrait-on pas avec elles ?

Juste assez de temps pour s’apercevoir que la femme au Japon n’ était pas forcément la traditionnelle geisha, ni la femme asiatique, jolie caricature aux cils baissés et aux lèvres timides.

La vraie femme est un rêve, et la femme rêvée est une femme double, renforcée  par son ombre née de la nuit.

Cette femme-là ?  Qui ne l’a rencontrée un jour lointain d’une autre vie…

C’est vrai, plus on remonte le temps, plus il semble que les filles naissaient proches du soleil.

Tant chez les Celtes, que chez les Scythes et chez les premiers Samouraïs.

Comprendre qu’on ne recherche jamais qu’une seule femme.   Celle qui porte une chevelure d’étincelles.

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CETTE FEMME D'AVANT...

Je me promène dans cette vie, avec entre les dents, une perruque de cheveux longs, moitié moisie, moitié roussie par combien de feux erratiques… 

J’affuble de cette perruque chacune de mes rencontres féminines, et j’attends de voir si elle s’allume. 

J’y crois un temps, puis je n’y crois plus.

 

Parfois elle se met à clignoter de façon trop fugace, puis s’arrête…  Tic-tac.  L’horloge est lentement affolée.  Si elle pouvait s’arrêter pour de bon… Plus de tic, plus de tac.  Un grand crépitement d’un seul coup.  Le feu clair.  Mais non, j’y crois, je n’y crois plus…

Jouer le rôle de ce Prince ridicule, trop pastel, qui essaie à toutes les femmes les escarpins de verre qui ne seyent qu’à Cendrillon.  Dans l’espoir de voir leurs pieds prendre feu pour une danse endiablée.

Après combien de saisons d’hiver permanent reviendra le Printemps ?  Elle ?  Il n’y en a qu’une comme elle.  Une belle grosse orange sanguine et juteuse dans mon ciel bleu.

A la recherche infinie, misérable, épuisante de cette femme originale, femme première, celle d’avant ce temps, celle qu’on attend depuis longtemps, celle dont parle si bien Verlaine dans son rêve étrange et pénétrant…  Je crois chaque fois la rencontrer, la revoir, mais non…  J’y crois, je n’y crois plus.

Ma perruque surannée est ridicule.   La poser sur mon crâne pour faire rire les moineaux.  Je pète les plombs.  Etincelle ! J’y mets moi-même le feu.  Définitivement.   

Est-ce sur ma tête ou dans ma tête que crépitent les flammes ?

J’attends celle qui viendra sans tricherie -sans plus de délai ?-  et je me dirai : « c’est elle »…

Elle répondra, péremptoire, dans une langue oubliée : « c’est moi ! »

Les boucles de ses cheveux, cascade véritable et fascinante, se tortillant en permanence telle la fine écorce d’une bûche de  bouleau dans un âtre virtuel, me donneront enfin la force d’y croire passionnément.

Tant d’oranges pressées sans plus de chair…Tant d’épluchures fripées, déchirées, jonchent le sol…

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NOEUDS GORDIENS TRANCHES

à M.G. et à Cécile Miguel

Deux êtres filiformes ?  Ce sont nos âmes sinueuses qui s'entrelacent (semble-t-il) à l'infini... se tournent autour, se tricotent, se donnent mille fois la main,  et jouissent de se faire des noeuds dans une relation que je crois fusionnelle... Râles muets : elles jouissent, aussi bien que leurs corps qui se trouvent ailleurs, elles ne savent où ?  Arqués et couchés sans doute dans le même lit à baldaquins rêvés.

Elles s'entortillent de plus belle, les âmes, avec des cris informulés de rut.  Nos âmes en rut, c'est quand mes yeux informels se noient dans les tiens, plongent jusqu'aux tréfonds et remuent une vase orgasmique mêlée de ciprine et de sperme intellectuels.

Elles tourbillonnent de fils en aiguilles -aujourd'hui rétractiles- font des dessins comme à la plume, jolis et signifiants, mais demain ?

Tu trancheras trop facilement les noeuds gordiens, d'un coup de langue rasoir, et tu me la planteras l'aiguille, droit dans le coeur.  Ce n'est qu'une question de temps.  Et tu n'es qu'une mutante.  Girouette à retardement qui explose comme une bombe stupide.

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APHORISME...

à M.G. et à Margaret Thatcher

Dans certains cas, la victoire consiste à ne pas trancher les noeuds  gordiens.  Mais il faut savoir qu’ elle peut être amputée, parfois comme celle de Samothrace.  La tête, les bras peuvent manquer…

Pouvoir mesurer l’importance réelle de cette mutilation, est une preuve d’intelligence…

Car elle est belle comme elle est, la victoire de Samothrace…

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NOEUDS GORDIENS NON TRANCHES

à E.C. et à Cécile Miguel

Nous sommes deux êtres filiformes et fragiles…  Nos vies passées nous ont beaucoup appris. Et c’est vrai que l’on finit toujours, à un moment lumineux, par retrouver le même homme ou la même femme.

Ce sont nos âmes sinueuses qui s'entrelacent et s’enlacent depuis le commencement jusqu’à la fin des temps... Comment vivre si l’on ne croit pas avoir déjà vécu ? 

Nos âmes se tournent autour, se tricotent, se donnent cent mille fois la main par-dessus les arches du temps,  et jouissent de se faire des noeuds à l’infini dans une relation fusionnelle... 

Elles jouissent tout comme leurs corps qui se trouvent ailleurs, elles ne savent où ?  Arqués et couchés sans doute dans le même lit à baldaquins rêvés.

Elles s'entortillent de plus belle, nos âmes, se serpentinent l’une, l’autre, avec des cris informulés de rut.  Nos âmes en rut, c'est quand mes yeux informels se noient dans les tiens, plongent jusqu'aux tréfonds et remuent une vase orgasmique mêlée de ciprine et de sperme intellectuels.  Elles tourbillonnent, écrivent des mots à la ficelle, tout en rondeurs, mais lourds de sens.   

Ils pèsent le plomb qu’on change en l’or d’un amour alchimique.

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VIOLENCE

1188831892527_loup_1_2 Tous, ici bas, sont capables de violence…  Nous avons choisi une autre voie.

Nos cris s’envolent dans les nuages avec la puissance tranquille de l’érosion.

Un jour le ciel leur tombera sur la tête… 

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DRUIDES ET BOULEAUX BLANCS...

à Yann Brékilien.

L’eau de l’Huisne, lente, s’écoule vers la mer…

A travers la Sarthe toujours sauvage,

d’est en ouest,

comme jadis les migrations des tribus

dans leurs soifs océanes.

Le long des berges, des arbres immenses :

grands personnages dégingandés gesticulant,

se prolongent encore dans l’onde

jusqu’à la caricature fabuleuse.

Beaucoup de bouleaux blancs,

simulent les druides d’antan…

Et sur leurs bras jetés aux cieux,

des boules de gui toujours vert,

même l’hiver,

attendent d’être cueillies.

Mais pour quoi faire ?

Le gui permanent,

signe du passé mais encore du présent,

que plus personne ne comprend…

Et les derniers druides massacrés,

dans l’île de Mona,

il y a plus de mille ans,

n’ont rien révélé...

Même sous la torture.

Ni le sens caché du symbole du triskèle.

Vont-ils me parler aujourd’hui ?

Demain ?  Bientôt ?

Je le sais, leurs paroles seront aussi démesurées

que leur reflet infiniment étiré par les eaux.

Peut-être trop grandes pour être comprises.

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HERBES FOLLES ET MAT

Aucun lieu quadrillé de pierres blanches et noires ne te criera : -« Non, pas ici ! »

Tu entres sournoisement, sans frapper…

Ta mère n’enseigne-t-elle pas les règles ?  Fussent celles de la bienséance ?

Dire à la Reine  : -« Pardon, cette place est-elle couvée ? ». 

Regarder de tous côtés d’un œil oblique, par crainte des fous. 

Si tu refuses de marcher comme il est écrit, ne te plains pas quand le piège referme sur ta jambe ses dents de scie.

Tu seras malin de remonter la vie à cloche-pied.

Le haut pavé a sa loi qui ne doit rien au marbre rose  (là tu glisserais sur une peau de banane.  Jusqu’au néant).

Paroles de cheval qui a perdu la queue et la crinière dans d’obscurs combats.  Qui saute sur deux pattes, bêtement.  Deux bonds devant, puis un à droite ou à gauche.

Je fis un pas ailleurs.  Parlons de terre battue et d’herbes folles…  Surtout d’herbes folles.

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GENEALOGIE 1

Guillaume c’est ma mère…

Guillaume Apollinaire…

J’ai bu à ses mamelles,

sérieux lait de chamelle :

ses Alcools.

Quant à ma vraie mère,

j’y ai bu

sa juste colère.

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GENEALOGIE 2

Ma grand’mère paternelle se prénommait Victorine… Cela ne m’apprend pas grand’ chose…   Elle était de taille moyenne, un peu boulotte, un peu bougonne, un peu boudeuse et pleine d’énergie pour peu que je me souvienne…  Une énergie discrète, ramassée, prête à bondir. 

J’avais six ans, et aujourd’hui, c’est l’image qu’elle me laisse.

Son nom, par contre, demande réflexion :  Torsin…  oui elle s’appelait Victorine Torsin de son nom de jeune fille.  Parce qu’elle fut jeune elle aussi, et belle, avec des yeux pétillants, pleins de malice.  Jeune, oui… et avant elle, sa mère, et la mère de sa mère, et toutes les autres…

C’est amusant de remonter le temps…  Torsin ?  Cela sonne comme un tocsin.  D’où venaient-ils ? 

Sans trop de doutes, Torsin pourrait être la forme francisée de Thorsehn, fils de Thor en langue scandinave…  Les Vikings remontent les fleuves bien sûr… à grands coups de rames temporelles.  Après vingt générations seulement (c’est peu) ils se retrouvent en moi…

Comprendre mieux ce rêve récurrent :   J’entre au galop de mon cheval dans la chapelle d’un monastère de l’an Mil.  Ma main gauche tient une torche enflammée, ma main droite un marteau de guerre… 

Je boute le feu alentour, et fracasse le crâne de tous les porteurs de robes de bure de cette secte de tonsurés…

Ce sont mes gènes qui se réveillent quand je dors.

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L'HOMME POLITIQUE

Avant les élections ?  Il te tutoie, te fais des sourires complices…  Très vite tu te crois son meilleur ami.  Après il remet les distances : le vouvoiement revient au galop.

Cela te surprend ?  A peine.  Tu es légaliste.  Tu respectes, non pas l’homme, mais la fonction.  Il est l’élu !

Si tu as fait campagne pour lui auprès de tous tes amis, c’est que tu crois en lui…  Au fait, tu fais campagne, même en dehors des périodes électorales, et crois en lui depuis vingt ans…  Pour tous les gens que tu rencontres, tu mets en évidence ses qualités intellectuelles, sa culture et son humanisme.  Tu es têtu, voire obstiné, mais fidèle –et la candeur t’accompagne comme un chien qui jappe follement-.

En bout de course, tu te permets de lui demander pour une fois quelque chose…  Oh ! Pas grand’ chose.  Un détail minuscule.  Et il te répond, la main sur le front comme le Penseur de Rodin, l’air contrarié, souffreteux : -«  Mmmm, on verra… »

Tu sais maintenant qu’on ne verra jamais rien.  Cet homme ne fera jamais rien, ni pour toi, ni pour personne.  Ni pour aucun de ses électeurs passés, présents, futurs.  Ni forcément pour le bonheur du monde.

Désormais, si tu entres en campagne, c’est pour te promener avec ton chien. 

Au moins il t’en sera reconnaissant. 

Et ses yeux à lui ne mentent pas.

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ALTER EGO

J’échappe à l’hypocrisie de l’homme d’argile.  Mes mains blondes de sable fin glissent entre les doigts sournois de ses mains tendues vers moi.

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RESONNANCES

Un doigt trop lourd pénètre mon oreille… 

Il se glisse jusqu’à mon cerveau

de façon reptilienne.

Et se met à battre la mesure

sur le tambour de ma mémoire. 

Martial, je marche au pas…

Tambours, tambours ! 

Il ne manque plus que les cornemuses

pour vous accompagner… 

Ou Wagner… 

Pour que je me sente héroïque

et que j’aille mourir

sans peur

et sans regrets,

un soleil dans la poitrine,

là-bas, plus loin,

à la pointe d’une épée

anonyme.

Un doigt de velours

se glisse dans mon oreille… 

Musique romantique… 

Tu n’es pas là… 

Je pense à toi, et mon cœur

danse lentement,

follement avide de toi.   

Garder le contrôle. 

Je ne prendrai pas une autre dans mes bras.

Un doigt de labour

investit les oreilles.

Musique de charrue rustique et binaire,

atrocement rythmée,

vulgaire et commerciale. 

Pour remuer les tripes

en profondeur,

mieux qu’une terre retournée…

Réveiller les instincts les plus bas.

Faire s’ériger et dodeliner le sexe mâle

comme un cobra,

et faire naître un marais facile et chaud,

accessible à n’importe qui,

dans le sexe des filles. 

Les miaulements d’essieux mal huilés

de l’androgyne David Bowie,

et les « sex machine » répétitifs,

incantatoires,

du stupide James Brown.

Un doigt d’amour

s’insinue dans mon oreille. 

Harpe celtique, guitare andalouse… 

Musique des anges,

il n’en faut pas plus pour s’élever très haut

et connaître des moments de grâce intense.

Musique  transcendantale, sublimatoire.

Un doigt de vautour

se glisse dans leurs oreilles.

Musique techno

qui arrache avec ses griffes,

abrutit et meurtrit

définitivement les cerveaux. 

Ceux de vos enfants.

Techno ? 

Est-ce encore de la musique ?

Cerveau ? 

Chose triste, cuite et recuite,

chose mutante qui a désormais

la grosseur et la couleur étrange

d’un gros radis ratatiné…

Cela fait partie du plan. 

Pour que vos enfants

soient aptes à vivre demain

dans le monde perdu qu’on leur prépare.

Musiques manipulatoires… 

Par ailleurs combien de doigts,

combien de mains

dans nos cerveaux ?

Doigt de chite, doigt d’alcool,

doigt de crack, doigt de coke…

Doigt propre et net,

manucuré pour l’électeur,

et toutes les paluches graissées

des voleurs d’âme.

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CHAMBRE D'HÔTEL

Cette nacelle : un building avec cordages

et ballon.

Le slogan : Permettre aux plus humbles

de ne pas garder les pieds sur terre.

C’est du moins ce qu’affirmaient les grandes affiches publicitaires:

une sorte de voyage au septième ciel…

La préposée désignait les chambres

comme on tire les cartes aux tarots. 

Dans l’escalier romantique, sa voix criarde

nous dépasse

plus rapide qu’un ascenseur.

-« Méfiez-vous ! »   L’envoûtement à rebours…

Voyante ou clairvoyante ?

Virevolter sur tes talons aiguilles.  Deux toupies.  Disperser tous tes voiles, nue, presque magique…

Modeler sa chair.  Ma fougue…

et toute mon âme ?

L’épingle de son chignon.

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LA FOUDRE A MES PIEDS...

Et tout à coup je n’étais plus bon à rien…

Sa faconde agrémentée de gestes italiques

fait le tour des chaumines

et me revient comme la foudre :

« Je ne me soigne pas… Surtout, je ne fais

pas de sport… »

Elle ne veut pas se retrouver plus tard

avec un vieillard débile !

Superbe coup de dague dans le dos.

Paroles d’une Lolita quadragénaire

qui ne doute plus de rien,

gonflée à bloc par son psy.

Dans quel orifice souffle-t-il ?

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URINE ROUGE

Parfois des vagues lourdes de nostalgie,

venant d’ une mer trop salée

-jusqu’à l’amertume-

lâchement dissimulée

entre les goulées d’air que je respire,

m’entraînent,

me roulent,

me tourneboulent,

me font remonter l’estomac

dans la gorge.

L’urine rouge que je réservais,

en colère,

à ton fantôme,

qui n’existe que pour moi,

me remonte aux yeux

en larmes de rasoir

et de sang.

C’est lorsque j’entends ta voix

rétrécie

dans le téléphone du passé…

Je ne décroche pas chaque fois.

Il n’arrête pas de sonner, le con !

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FUITE EN AVANT

Elodie sautille dans la vie, son nom résonne en quadriphonie comme aux fifres oubliés d'une ancienne mélodie.  Musicale elle croit bondir dans l'espace et le temps, saute-mouton à la vitesse du vent.  Je crie casse-cou.  Elle me regarde avec des yeux humides et attendris d'épagneul breton.  Elle m'émeut.

Je la sais fragile comme une fleur à longue tige.  Oscillante à tous les souffles dans une aire de chardons.  C'est elle qui les crée par magie de femme.  Pour se protéger.  Elle devient une églantine rose ou rouge, selon les mots, les allusions du jour.  Amour en rose, colère en rouge jusque dans les pudeurs froissées. 

Les chardons piquent au sang les mots et les gestes vulgaires.  Et la piquent aussi…à vif.  Ping-pong cruel de la vie.  Elle devient une égratignure que je soigne avec des gestes lents comme des caresses.

                                                                   

Connaître son secret ?  Poursuivie sans fin par un cauchemar de moineaux infirmes, difformes, sans ailes, elle ne peut respirer, s'épanouir.  Ils bondissent et piaillent autour d'elle, enfermant sa pensée dans une cage de bruit, criaillent, picorent sans cesse ses doux pétales, froissant ses douces candeurs.

Le refus des autres, c'est de lui voir pousser des ailes.  Le coeur d'Elodie est un papillon splendide, écarlate.

Elodie, frémissante, vive, toute en flammes rouges.  Belle comme une escarmouche.

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FEERIE

Une biche blanche sur la lande informatique

selon la sagesse de Bretagne celtique,

mène-t-elle à une fée ?

L’informatique n’est qu’un désert aride et glacé,

pire qu’une lande…

Il me pousse une forêt d’arbres anciens sous le crâne comme des cheveux renversés.

Et la mer sauvage dans mes tripes en tempête.

Un baiser de toi, roulis délicieux, contact intime avec une huître vivante et fraîche.

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PORC EPIQUE ?

Peu de différences entre un porc-épic et un porc épique ?  Les piquants, dans les deux cas, ne seraient destinés qu’à se protéger des attaques extérieures ?  Et comme la meilleure défense est l’attaque (sauf celle de l’éléphant trop convoitée pour son ivoire) tout reste logique.

Dommage, beaucoup d’hommes ne sont que des porcs, pas épiques du tout.  Mais ils piquent quand même : les poils de leur barbe, leur sexe ravageur, ou se moquer des filles pour masquer leur profonde timidité, ou encore sortir de leur braguette mentale, la volonté idiote de se croire supérieurs.

Quant au port épique, c’est autre chose…  Le flot calme du sommeil où je commence par jeter l’ancre chaque nuit.  Puis, le vent fou de mes rêves gonfle mes voiles vers des conquêtes impossibles.

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LES CORBEAUX

Je ne sais plus qui j’étais… Un druide, un barde, un guerrier ?  Ou les trois à la fois ?  Toujours est-il que j’étais là, devant tous. A quelques pas derrière moi, les hommes des clans…

En face, les légions de Rome vêtues de rouge sang, en ordre de bataille, les boucliers rectangulaires alignés.  Le combat allait être rude.

De temps à autre, un guerrier faisait quelques pas en avant, me dépassait pour invectiver les ennemis.  Puis il leur tournait le dos, impavide et royal, faisant frémir les épaules et l’arrière-train avant de rejoindre les rangs.

Les légionnaires étaient supérieurs en nombre et en armement, les nôtres avaient pour eux leur bravoure légendaire, et leur courage, mais ils étaient pratiquement nus. 

Juste derrière moi, complètement nues, les cheveux dressés sur la tête,  mais armées chacune  de plusieurs vilains couteaux, quelque vingt druidesses devaient m’assister, m’insuffler de l’énergie.  Pour l’instant, elles poussaient des cris totalement hystériques.

Je lève la main au-dessus de la tête et le silence se fait.

J’avance de quelques dizaines de pas vers les rangs ennemis, les druidesses me suivent rapidement et viennent s’asseoir en demi-cercle devant moi.

Ma tête s’incline vers l’avant pour faciliter mon regard intérieur.

Je vois un gros nuage noir dans le lointain.  Je me concentre davantage, bercé par les voix des druidesses psalmodiantes.  Le nuage lourd s’approchait à grande vitesse…  Sous peu il serait au-dessus du champ de bataille…

Il fallait que chacun sache ce qui allait se passer, mes compagnons celtes comme nos ennemis.

Heureusement, je parle latin.  Je  commence à décrire ma vision en langue celtique d’une voix forte.  Il était important que tous, dans les deux camps, dans les deux langues, perçoivent le sens de mes paroles.

« Un énorme nuage noir arrive à la vitesse d’un galop de cheval », leur dis-je, « ce nuage regroupe plus de cent mille corbeaux ».  Je me tourne à moitié pour montrer le ciel derrière moi.

Des regards se lèvent pour suivre la direction de mon doigt.

« Ces corbeaux vont fondre sur les Romains, les déchiqueter, réduire leurs chairs en lambeaux…  Ces corbeaux géants, tout comme mes guerriers, ne feront pas de quartier ! »

Quelques rires incrédules s’élèvent du côté de ceux qui me font face…  mais ils cessent aussitôt car le ciel vient curieusement de s’assombrir…

Pendant quelques instants on assiste à une éclipse du soleil.

Et puis l’inévitable se produit, les corbeaux en nombre infini s’abattent en vrille sur ces chiens qui piétinent nos territoires.  Le noir des plumes et le rouge des costumes s’entremêlent de façon chaotique.  Certains légionnaires roulent sur le sol, recouverts d’une nuée de superbes oiseaux sombres et luisants qui les déchirent avec leurs becs sortis de la forge des dieux.

Les druidesses bondissent sur leurs pieds, balançant leurs seins fermes se précipitent à l’hallali….  Les guerriers me dépassent en hurlant, pour les suivre…

Le désastre dans les légions atteint son paroxysme.  Pas un seul soldat n’échappe au massacre.

La puissance du verbe.

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MITRAILLEUSES

J’ habite parfois des moments de lumière intense mais non moins étranges.  Ils arrivent souvent la nuit, mais parfois le jour aussi.

Comme une réminiscence, un souvenir précis qui ne remonterait qu’à quelques heures.

Il fait nuit.  C’est la fin de l’été.  Je galope dans un ravin à la tête d’un groupe de cavaliers, peut-être des Cosaques, grimaçants mais loyaux.  Nous en traversons toute la largeur.

Devant nous, dans la pénombre, la pente qu’il faudra remonter.

Nos chevaux bondissent, les sabots s’accrochent.

Nous remontons péniblement jusqu’à l’endroit où la pente devient moins raide.  Là nous reprenons de la vitesse, nous sommes bientôt au sommet…

Nous débouchons dans la plaine comme des diables d’une boite,  comme un bébé météore d’entre les jambes de sa mère, avec un bruit de ventouse vaincue…  Ce sont nos cris peut-être, trop longtemps retenus.

Et là, à cent mètres, des nids de mitrailleuses se mettent à cracher un feu ininterrompu.  Mes hommes s’écroulent, les chevaux sont hachés  par des balles traçantes.  Il règne un désordre indescriptible, pire que dans Guernica de Picasso.

Je reprends connaissance à l’aube, couché parmi les cadavres d’hommes et de bêtes.  Ils sont tous morts. Une odeur épouvantable règne.  On croirait tous les sphincters du monde relâchés en même temps.

Je tourne la tête de gauche à droite…  J’observe les visages.  Mes yeux les voient comme sous la loupe. 

De grosses mouches bleues s’y promènent paisiblement comme de vieilles femmes vêtues de noir, au bois, l’été.

Et les images s’arrêtent là…  Au moment où je me demande pourquoi, moi, je suis vivant ?

Je traîne depuis longtemps ce complexe de culpabilité : d’être vivant, d’avoir mené tous les autres au massacre…

Débouchons-nous tous dans la vie comme des diables, des bébés météores, des fusées inconscientes ?

Pourquoi, toujours, ces infâmes mitrailleuses à la sortie des maternités ?

A peine nés, nous sommes déjà morts.

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DE TUI EN GALICE

Le long du Rio Mino les coassements de cent mille grenouilles rehaussent follement le silence de la nuit dans un concert grandiose.

Instant magique qui nous transpose mille ans ou plus en arrière.

Au loin, dans les collines quelques chiens à moitié sauvages aboient à la lune.

A la table voisine, de faux touristes anglais parlent du développement de la région, des affaires qu’ils peuvent y faire et des bénéfices escomptés.  De petits garçons immatures noyés dans une stupide partie de monopoly.

Depuis l’ombre chaude mes yeux s’enflamment…  Boule de feu, magie de druide en colère.  Ma désapprobation semble faire mouche.  Ils se taisent et se perdent, en même temps que leurs idées, dans la contemplation des étoiles curieusement peu nombreuses en ce mois de juin galicien.

Leur petit esprit de lucre se dilue dans l’espace sidéral comme un morceau de sucre dans leur thé cinq étoiles.

Plus loin, tout au bout de la pente douce  menant de l’hôtel au fleuve qui semble dormant, ayant creusé son lit dans la nuit bien des siècles plus tôt, les grenouilles réunies en congrès politique monocorde et discret, annoncent longuement qu’elles vivront en paix, en ce lieu, peut-être dix ans de plus.  Peut-être…

Il faudrait pourtant que les choses les plus importantes gardent leur importance.  A jamais.

Sans que l’on doive noyer tous les hommes d’affaitres dans d’énormes cuves de thé bouillant.

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DOUBLE REVEIL

1167944142410_loup_3 Peut-on être un mouton et se mettre à gronder en montrant les dents ?  Cette question m’était posée comme un nœud permanent dans la gorge.  Elle pesait le poids d’une croix de chêne.  Elle resta longtemps sans réponse criante. 

Je savais (pour mon plus grand malheur) que je vivais dans une bergerie tentaculaire sur une grosse boule ronde. 

Une bergerie… et les larmes me coulaient.   Je me souvenais, que depuis tout petit,  toujours les bergeries m’avaient fait pleurer.

Une nuit, je fis un rêve déchirant que je croyais absurde, un rêve tellement hyperréaliste qu’il semblait me projeter hors du rêve.  Tout se passait beaucoup plus vite que dans la réalité.  A un rythme rapide et saccadé de film de Chaplin. 

En trois coups de dents très pointues, aussi aiguisées que les secondes qui nous rongent la vie, j’avais avalé, chair et laine, le Roi des moutons qui n’était que le valet des bergers. 

Eux-mêmes, n’étant que les serviteurs à l’échine courbée, d’un pouvoir absolu, masqué et lointain.

Un mouton peut-il manger les bergers ?  Voir…  Le savoir vraiment prenait cette fois une importance capitale… 

Deux coups de dents et ce fut fait.  Un berger de moins dans le cheptel.  Et les autres bergers se mirent à bêler d’incompréhension et de tristesse…

Le sang répandu partout était aussi épais que du chocolat fondu.  J’étais écoeuré.  Je voulais retourner dans le giron de ma mère, ou mieux encore, dans son ventre.  Mais comment la retrouver au sein de cet immense troupeau ?

Courir vers la rivière, voir les tatouages sur mes fesses dans le miroir de l’eau.  On m’avait dit qu’elles étaient marquées de chiffres et de lettres pour me distinguer des autres moutons, suivis d’autres chiffres et d’autres lettres qui désignaient ma mère.  Le certificat d’origine…

Je me contorsionnai et finis par lire dans l’onde: « Blaise, fils de… » 

Blaise ?  Je ne m’appelle pas Blaise ! 

Plus tard, m’étant réveillé tout en croyant dormir encore pendant plusieurs jours, je découvris dans un livre que « Blaise » était un mot d’origine celtique dont la forme première désignait le loup.

La vérité se mit à hurler  -et elle ne cesse depuis-  à me rendre sourd…

Je me plonge dans la contemplation des fesses

de mes semblables. 

Plus seulement celles, trop agréables, des jolies petites agnelles. 

Sûr qu’il y a ici de nombreux autres loups à qui l’on a fait croire qu’ils étaient des moutons. 

Moi?  Il me reste de nombreux coups de dents…  Pour qui ?

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BANG... BANG !

-Vos femmes sont des femelles kangourou… !

Sur la plaine d’envol, tous les hommes épuisés, porteurs de sacs de sable, avançaient au rythme d’une marche nuptiale… 

Ils s’arrêtent et me disent en chœur :

-Tu es grotesque !

Je tire le soleil entre eux et moi comme un rideau rouge élimé.

Ils me méprisent : mes sacs sont crevés, je me vautre sur le sable épandu.  Un homme vient donner des coups de pieds rageurs dans mes châteaux. 

Je lance en ricanant : -Ta femme est une femelle kangourou !

Il ne comprend pas que le blâme est pour lui.

Trop heureux de la pénétrer, d’entrer dans la nacelle, il jette son lest et s’affaire pour monter, monter…  Puis il me regarde de haut, suce son pouce, la joue posée sur la peau de son ballon…

Moi je veux une femme qui passe le mur du son.

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MAGIE NOIRE

Elle semblait s'intéresser à cet avatar d'Arthur que tous ceux de ma tribu portent dans le coeur.

J'étais ébloui. 
Pas vraiment pensé qu'il s'agissait peut-être d'autre chose...

Puis elle sembla séduite par ce druide, poète et guerrier, qui voyage en moi, suivant au grand galop le flux de mon sang.

J'étais ébaubi.
Comment un mental de druide,

résurgence totalement anachronique, pouvait-il séduire une fille complètement américanisée ?

Ensuite elle sembla flasher en même temps que moi sur la musique d'Alan Stivell...

J'étais ravi.
Le rythme seul sans doute, quand ça ne sert qu'à se bouger les fesses.

Plus difficile enfin, montrer de l'intérêt pour les contes et légendes de Celtie, les lire et les dégoupiller...  Mais peut-être n'y avait-elle rien compris et lui ont-ils pété la cervelle ?
J’étais surpris.
L'illusion que nous étions rentrés au même moment dans une ronde elfique

qui abolit le temps, qui n'a jamais de fin…
Danser en rond pendant vingt ans

qui durent un siècle.

Mais non… 

Ce n'était qu’une magie noire de Saxonne. 

Magie d’imitation, de pillage et de pastiche. Magie d'illusionniste. 

Faiseuse de brouillard. 

Magie de faux-semblant, magie de faux amour.

Enfermé dans une tour sombre aux grosses dalles de verre badigeonnées de tain.  Coupé du monde faé, coupé des filles faées, coupé de la vie faée.  Dalles qui ne me renvoyaient plus que son image jolie de voleuse de feu.

Mes yeux éteints ne demandent qu'à guérir.  Retrouver la braise impermanente !  Me retrouver moi.

Oublier

que je ne te pardonne pas.

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LEGENDE

 à Pierre Della Faille.

L’homme monolithe, à l’haleine d’insecticide souffle comme une tramontane sur un nuage d’insectes géants.  Ils tombent comme des mouches.  Ils sont en métal.

Mouches de métal elles voulaient pondre des œufs explosifs au-dessus de nos villes…

Il est grand, costaud comme une tour.  Il ne bouge pas.  C’est le gardien de nos portes.  Ses pieds sont scellés dans une dalle de béton grande comme une petite province.  Ses yeux lancent des éclairs en alternance avec son souffle fétide, et d’autres mouches explosent en vol. 

Lorsque la guerre est finie, ses pupilles s’éteignent, les paupières tombent et sa bouche se referme, laissant échapper une bave verdâtre peu ragoûtante.

Sur son front de pierre est gravé son nom.

Il sera célébré dans les siècles des siècles.  Comme un homme, un géant, un héros de légende.

Et dans nos esprits, ses pieds larges et longs qui n’ont jamais existé, laisseront une empreinte indélébile.

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Tags Technorati: homme monolithe, héros, insectes géants, Jean-Luc Vernal, légende, oeufs explosifs, Pierre Della Faille, tramontane

TWIN TOWERS

à George Bush

Elles ont explosé les deux tours…

La tête me tourne.

Une femme passe...  irrésistble comme l'acier...

Ses baisers de métal me vrillent au sol.

Langue tournevis…  me détourne, me retourne la tête à l’envers, les amygdales culbutées dans la botte de foin d'un rêve érotique.

Le temps de reconstruire à la hâte d’autres tours, pour permettre au Pouvoir de jouer, plus tard, une autre partie de faux bowling aérien.

Actualité tourne vice…  me casse la tête pour de bon.

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Tags Technorati: amygdales, baisers de métal, bowling aérien, deux tours, George bush et ses sbires, Jean-Luc Vernal, langue tournevis, écrous en folie

LES DIX COMMANDEMENTS

Lors d’un rêve, ou d’un voyage astral, je fus interpellé par un visage orageux mangé d’une barbe de nuages gris.

Sa voix tonnante me dit : -Voici mon livre, je cherche un éditeur !

Il n’était pas content.  Ses yeux lançaient des éclairs en direction de quelques pierres plates et gravées qui jonchaient le sol.  Je sus tout de suite que Moïse les avait oubliées…

J’emmenai les pierres et construisis ce temple dont les murs sont couverts de mots cinglants : une cravache pend dans l’air !

Je ne peux tolérer, avait-il ajouté, qu’un homme, fut-il mon fils Jésus, commette pour moi le péché de violence.

Les marchands qui pourrissent le monde aujourd’hui comme hier, savent-ils lire autre chose que des chiffres sur un relevé bancaire ?

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JESUS SUPER STAR

Après avoir crû pouvoir égorger Jésus dans la crèche pour qu’on ne commette aucun crime en son nom, je vois cet autre fou, un tricorne d’un autre temps sur la tête, pondre un œuf sur ma table et j’hésite…  Il me demande de le faire tenir droit.  Machinalement j’essaie. En vain.  Il me repousse, frappe l’œuf sur la tablette…

-Fallait y songer !  me dit-il en ricanant. 

Quel clown !  Du revers de la main je les balaie, lui et sa coquille.

J’allais l’achever.  Il brandit une croix, la même qu’il plantera dans le sable de la plage d’un continent nouveau.

Quelle cathédrale soudain m’environne d’ogives ?

Les murs vacillent avec ma raison.  Me voici à califourchon sur une grosse boule transparente où se tortille une flamme mauve : un sexe de femme (que l’on dit vierge) tendu comme un arc.  Je sais, la grimace du nouveau-né m’atteindra comme une flèche au cœur.

J’ignorais que la mémoire, comme la Terre, était ronde.   

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BRAISES

(j’ignore comment se prononce « Breizh » en breton, mais la coïncidence serait amusante…)

Trouer mon regard  pour ne plus donner l’impression de vous juger ?  Il faut remonter à la source, remonter le courant et les berges sont en feu.

Ne restez pas là, cette aiguille à la main…

Seul ce fleuve de métal en fusion ouvre une impossible voie.  Voilà des années que j’amasse le papier, puis le bois, le charbon…

On ne mouche pas les hauts fourneaux comme une bougie.  Mes yeux.

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EXAMEN D'ENTREE

-A quoi pensez-vous en courant ?

Plus un son ne sort de ma bouche.  Me voilà recalé par pudeur.

Je n’eusse jamais songé que cette question fût primordiale.  Ni même qu’elle puisse être posée pour obtenir un diplôme d’adulte.

Surtout par un jury d’escargots.


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ALOUETTE, JE TE TUERAI...

à Alan Stivell, et à Yann Brékilien.

L’alouette jadis, montait droit dans le ciel comme une flèche assassine, parfois dans une ascension spiralée, mais piquant toujours vers le soleil…   Pour l’éborgner et protéger sa vie ? 

Non… il n’y avait pas encore de trou dans la couche d’ozone. 

Aujourd’hui, je ne vois plus d’alouettes.  Elles doivent être mortes, toutes ou presque, disparues à jamais, - les a-t-on trop plumées dans les comptines ?- 

Non.  Elles sont  fragiles comme la vie, friables comme l’amour.  Mangé trop de grains transgéniques, respiré trop de pollutions, subi trop de changements climatiques.

Mes yeux fermés les voient tomber du ciel comme des loques blanches, dans une chute drue de flocons lourds de neige morte.   

D’autres oiseaux –cartes postales atroces et tristes-  jonchent les sols et les plages…  Leurs cadavres se mêlent aux poissons morts, les écailles ébouriffées, et aux coquillages éventrés remplis de fuel.

L’alouette, symbole du guerrier celte !  Peur de rien : il voulait bouffer le soleil.  Monter vers les dieux d’un bond, et leur mettre deux claques.  Pour tout le mal qu’ils laissent faire.  Et qu’ils laisseront faire encore.

Aujourd’hui il n’y a plus de guerrier celte…  On a plumé son esprit, on a coupé ses ailes. Pour qu’il ne puisse plus survoler les domaines enchantés qu’il s’était créés.  On a brûlé Merlin, on a brûlé Morgane… On a pillé son cœur et arraché son âme. 

Et d’arrachements subtils en arrachements plus virils, ses testicules.  Pour qu’il ne se reproduise plus.

Guerrier, poète et druide, il n’avait plus sa place dans ce monde de béton, de bêtises et de pognon.  Dans ce monde vulgaire et grossier.  Plus barbare que celui des Barbares.

Restent tout de même quelques bardes à la voix nasillarde…  Ils donnent la main, par-dessus l’océan, aux Noirs à la voix rocailleuse, de la Nouvelle-Orléans.   Ils ont souffert les mêmes esclavages.  Nouvelles comptines tristes dont les voix ensemencent les foules.

Et même si la Maison Blanche n’a pas d’oreilles (sauf celles qui nous espionnent) même si le Grand Capital est sourd, même si les Marchands de Pétrole n’arrêtent pas de nous pomper l’air et le portefeuille, un jour prochain de nouveaux guerriers, de nouveaux héros naîtront de la musique celtique.    

Besoin, de plus en plus, de leurs grands coups d’épée sur les umbos de leurs boucliers ovales cabossés de désespoir, et de leurs cris rauques. 

Devant la Maison Blanche. Et partout ailleurs. 

Dans un grand concert cacophonique saluant la fin d’un monde d’injustice et d’irrespect. 

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LA QUÊTE

à  J.D.

L’homme me véhicule dans la brouette sans s’émouvoir des coups de hache sur ses poignets.  Il n’est plus relié à ses mains que par un fil, et il me pousse toujours.

Seconde phase de l’opération ; je prends mes ciseaux, vais-je couper ?

Lui ?  Je m’en moque.  Il est de la race des bavards invétérés et des menteurs.  Ceux qui inventent n’importe quoi pour être écoutés.  Emus aux larmes à la moindre approbation qu’ils vont chercher loin au fond de vous, avec obstination, comme un travail de mine.

-« La quête, la grande quête, un nouveau Graal », m’avait-il dit.  Mais j’avais les jambes coupées.  Il continua…

-« Un nouveau Graal, pensez !  Le sang du Christ régénéré.  Boire à même le vase.  De quoi vous faire pousser des jambes neuves »…

Je ne lui ai pas répondu,  je savais, moi, qu’il mentait.  Le Graal n’a rien à voir avec le Christ… à l’origine c’est un symbole celtique dont Rome s’est emparé au temps des moines irlandais.

La terre est malade.  Les arbres perdent leurs branches par brassées.  Mes bras ?  Ils sont valides encore. Témoin : mon travail de bûcheron. 

Le mal s’était attaqué à mes racines.  Il fallait voyager.  J’avais d’abord accepté la brouette comme un carcan nécessaire…  Regrets ?

Vais-je couper ?  Je lui agite mes ciseaux sous le nez.  L’indifférence flotte à la surface de son regard : noyée boursouflée de suffisance.

Je prends peur.

Serait-il habité par la tempête ?  A quelle heure la grande marée ?  Je ne veux pas qu’on me rejette ce cadavre au visage. 

L’homme ne redoute plus rien.  Je regarde autour de moi…  Si je coupe c’est le ravin.  Depuis quelques instants la brouette gravit une route escarpée.  Au bout : le château.

Nous croisons une foule d’aveugles loqueteux.  Ils me saluent et chuchotent entre eux : -«  C’est le Roi, le Roi »…

-« Comment peuvent-ils me voir ? »

-« C’est le Graal », me répond l’homme à bout de souffle, « vous voilà leur sauveur ! »

Il me les désigne, et je les vois,  transformés   -mirage  ou magie ?- vêtus de pourpre et de brocard.

Lorsque j’arrive au sommet, toute la colline frémit de cris joyeux et de hourras :

-« Le Roi est mort, vive le Roi ! »

-« Comment peuvent-ils savoir ? » dis-je à mon cocher…

Ne confiez pas à un caméléon votre brouette…  A rechercher vos jambes, il vous fera gagner des ailes.  Pour s’envoler sur votre dos.

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PROMENADE EN SARTHE




Tes yeux se promènent seuls, sans attaches, sans fil à la patte, comme ils pourraient le faire dans un dessin très pastel de Paul Klee ou de Joan Miro.
Ta peau très blanche sur un fond de ciel très blanc.

Ta chevelure s'est envolée.  Ou est-elle devenue blanche aussi ?   Rien que tes yeux mobiles, éruptifs... (Une tâche de soleil dans l’oeil gauche, côté cœur.  La marque des fées ?)

-Oui… tes yeux mobiles…

Comme l'eau de l'Huisne, lente, s'écoule vers la mer : au bout, une émeraude liquide de plaisir et de bonheur.

Les pieds dans l’eau, je te chevauche comme la pierre antique du pont romain.

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BANLIEUE ROUGE

à Gold Archibald vainqueur, en souvenir ému de mon ami Pierre Della Faille qui l’a toujours combattu.

Vous entendez comme moi braire cette ânesse stupide au téléphone… ?  Hé bien, c’est ma voisine d’à-côté, une jeune fille d’aujourd’hui…  Sa voix traîne sa langue en savates usées dans la bouche pâteuse qu’elle entrouvre à peine pour laisser filtrer un son atrocement vulgaire…

Elle m’arrache les tympans.

Souvent elle crie comme un goret qu’on égorge.  C’est l’angoisse de la vie qui la prend par le cou, ou par le cul…  Ou alors le syndrome de Gilles de La Tourette. Parfois elle chante, avec des notes qui s’envolent au plafond, ou qui l’étranglent… Des mots hachurés dont elle ne comprend pas toujours le sens.  En français effiloché, en anglais des bas-fonds et, plus récemment, en arabe hoquetant…  Un sabir pas possible des fois…  Une voix de vieux coq asthmatique, je vous dis, qui reprend dix fois le même refrain stupide…

Vous l’entendez ? Elle marche avec ses claquettes là…  A travers le mur de l’appart’, fin comme du papier buvard qui absorbe tout, y compris les vagissements et les gémissements qui ponctuent ses orgasmes diurnes (quand elle est seule) ou nocturnes (quand elle a de la visite)…

Vous l’entendez ?  Quand elle pète c’est une vraie canonnade…  On entend même les étrons qui plongent dans l’eau comme des nageurs olympiques, et puis la chasse qui coule infiniment…  Tout ça malgré le bruit de la télé qui gueule à tue-tête…  Quelle vie !..

-«Tu parles… Tu parles…  Justement tais-toi connard, je l’entends plus la télé de ta jolie voisine, et c’est mon jeu et mon animateur préférés… »  répond le jeune voisin du dessous au vieux militant socialiste qui avait appris, durant toute sa vie, tous les mots rares de la langue française dans un vieux Larousse acheté trois sous sur les quais.

Lui qui croyait que tous ces mots précieux allaient lui donner les clés d’une petite maison campagnarde.

Les yeux noyés, refermant lentement la porte du pallier sur le nez du visiteur, il pense avec tristesse : qui va la faire, demain, la révolution ? 

Sûrement pas la télé…

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LE LONG CHEMIN DES CHIENS SAVANTS...

Une longue file d’hommes savants s’égrène comme un collier de perles noires et grises sur le long serpent du Temps qui se glisse en silence à travers les siècles.

Tours et détours, arrondis successifs de la pensée unique.  Celle qui convient à tous, celle qui ne bouscule personne.  Reptations sans fin.  Circonvolutions hautement intellectuelles.

Noirs et gris ?  Ils sont tristes.  Ils n’ont jamais rien inventé.  Ils ont tout appris dans le livre de leur siècle comme de bons élèves bien pensants.  Ils savent tout mieux que personne.  C’est vrai, ils connaissent beaucoup de choses, et plus encore de lettres mortes irrémédiablement.  Parfois le serpent tourne en rond pendant des dizaines et des dizaines d’années.

Sur cette route, jamais d’embranchements.  A l’horizon jamais de parallèles.  Sauf si elles sont cachées, ça et là, par les hauts clochers d’une Inquisition toujours vivace, ou par les collines resplendissantes et ensoleillées du Pouvoir ou encore enfouies dans les vallées occultes des Puissances de production, piquées de bosquets touffus et odorants comme des poils pubiens rarement lavés. 

A moins que des chemins de traverse ne soient dissimulés par les bois sombres et frémissants de la superstition.

Il y a peut-être d’autres voies, mais elles sont bien cachées quand elles ne mènent pas aux vérités officielles.  Et bien sûr tous ces hommes très savants sont tous payés par la même bourse.

Il n’y a qu’à voir le nombre de passerelles visibles (il suffit de gratter un peu) qui relient les clochers aux collines, et certaines même qui enjambent discrètement les fleuves pour mener aux vallées obscures …

Quelques-uns sont payés pour répandre les superstitions et les faux bruits, et d’autres enfin pour se consacrer aux métiers de clowns télévisés et d’amuseurs publics.  C’est un métier très récent et vu son importance, c’est celui qui est le mieux rémunéré.  Le but du jeu est de nous empêcher de penser, de nous rendre bêtes à bouffer du foin, de nous ramener à l’inculture totale.

Ceux là ne sont pas des savants…  Ils courent dans les prés, faisant leurs cabrioles et leurs grimaces avec plus ou moins de talent, et retentir leurs grands rires hennissants.

Et si vous jetiez en l’air une idée originale comme un pétard  dans le silence ?

Elle ne toucherait que vos amis proches. 

Personne ne la diffuserait. 

Et si, par chance, vous alliez plus loin, vous aviez la force de vous obstiner, tout de suite les savants d’hier –métamorphosés- deviendraient les inquisiteurs d’aujourd’hui. 

Il faut peu d’imagination pour les voir de manière anticipative :  hideux, dominés par les grimaces de haine qu’ils ne peuvent cacher. 

Scandalisés, ils vous rabrouent et vous musèlent.  Ils vous ridiculisent.  Ils vous infligent, au hasard, de grandes et de petites morsures, des blessures qui vous marquent à jamais.  Et ne se taisent que lorsque vous êtes anéantis.

Rassurés, ils peuvent alors reprendre leurs petits tours ridicules de petits chiens savants à la satisfaction générale…  Et leur longue marche, noire et grise, sans renifler le chemin, sans coups de flair, sans coups d’ instinct, sans coups de génie.

Pourtant la route… le long serpent…   Symbole de la connaissance cachée.

Je n’avais dit qu’une chose évidente, c’est que nous poursuivions beaucoup de buts futiles depuis des siècles, que le seul espoir de l’humanité était de connaître ses vraies origines et qu’il faudrait absolument, aujourd’hui et demain, et dans les dizaines d’années qui viennent, se comporter devant les multitudes d’énigmes archéologiques et autres de notre planète, comme si nous venions de débarquer sur un astre inconnu.

L’humilité d’explorer, d’essayer de comprendre…

Avec une certitude absolue : la connaissance du passé le plus lointain est la clef du futur… 

Pourquoi bouche-t-on toutes les serrures avec du métal fondu ?

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MATURITE

Elle a mis vingt ans pour être vraiment conne…

Et puis les cinq dernières minutes

pour tout oublier,

tout piétiner,

tout renier,

tout effacer.

Surtout les ardoises salées.

Il a suffit qu’un psychiatre

lui donne raison,

la révèle à elle-même…

Telle qu’elle est ?

Telle qu’elle se voudrait ?

Telle qu’elle se complait…

Pas si conne la guêpe !

Les ardoises sont cassées.

Il pleut dans la maison.

Les symboles dégoulinent

infiniment…

Mes yeux d’orage.

Mes mains veuves…

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GUERNICA

à Pablo Picasso.

La couleur est abolie.

Un fantôme aux bras de vent

braque une lanterne par la lucarne

d’une étable insensée.

L’un de ses yeux semble atone,

l’autre est empreint d’une tristesse diaphane.

Des cadavres traînent sur le sol en ébullition.

Une femme à moitié nue, aux seins révulsés,

court et semble boire la clarté vive.

Un homme derrière elle,

effacé par les cris,

s’abrase le corps contre les murs tremblants

et chauds.

Il hurle aussi, mais plus fort que les autres.

Une poutre, comme une écharde immense,

vibre dans son dos.

Une lampe mobile

balance ses clartés décadentes

sur les naseaux fumants d’une cavale révoltée

aux dents écartelées par une peur atroce.

Son regard est déjà mort…

Elle rue la cavale,

de trois fers dans l’incompréhension.

La forme est abolie.

La quatrième patte est en arrêt

devant un poing anonyme

crispé sur la dague en tain de ses souffrances,

qui réfléchit, sur le vif de ses nerfs exacerbés,

les rayons sanguinolents

d’une multitude de plaies.

Sa crinière cependant semble fraîche lissée.

Le fond est aboli.

Un bœuf calme comme celui de l’enfant Jésus,

bave

dans la bouche ouverte d’une femme horrifiée

qui porte dans ses bras son enfant démantelé.

Des esprits sans feux rouges, où toutes les idées s’entrechoquaient,

avaient pris place parmi nous…

Un gros militaire catho de la droite d’Espagne,

un petit moustachu ridicule et agité d’Allemagne… Tous deux complices.

La porte avait été ouverte aux tonnerres concentrés et concentriques !

Plus personne, depuis, ne l’a jamais vraiment refermée.

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AGONIE

Les hôpitaux blanchis pour de nouveaux soupirs

éclatent sous mes cris qui s’envolent à perte d’ouïe.

J’ai rêvé d’un oiseau qui tombait en vrille.

Il te transportait sur son dos,

il était bleu comme tes yeux.

C’était un avion magique

-normal, il t’emportait parmi les nuages-.

Mais…

son entretien coûtait trop cher,

on ne vérifiait plus la mécanique

qu’une fois sur deux.

Les hôpitaux sont cendre noire.

Ils ont brûlé avec ma fièvre

-sans réussir à me consumer-

et ma voix renverse les murs restés debout

pour de prochains départs.

Dans un cadre ébréché, un miroir éclaté

éparpillait ton nom, en filigrane d’or,

sur le front brûlant de ma douleur.

Les vitraux de la chapelle sont sonores

quand ils se brisent sur le sol.

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LE TOCSIN

à Jean Francis

Que l’on ait six ans, moins ou davantage, le tocsin sonne toujours une fois dans l’enfance ou dans l’adolescence.  A  la volée.  Il crie : danger. 

Le drame c’est qu’on ne l’entend pas vraiment. Même s’il frappe à grands coups. 

Il se marque dans la chair sournoisement. Il vous fige comme sous l’effet d’un poison paralysant.. 

Et il peut toujours faire mal cinquante quatre ans plus tard.  Ou moins tard, ou beaucoup plus tard encore…  Selon le style et la gravité de l’événement qu’il avait ponctué.

A soixante ans, il sonne avec retard et vos oreilles le perçoivent cette fois.  Il n’est plus temps de  vous soigner, ou de faire quelque chose.   L’enfant de six ans est toujours là, désarmé, tapi dans un endroit profond… Inaccessible.  Il pleure en vous.

Et l’on comprend mieux le père absent.  Lui aussi devait avoir un enfant caché au fond de lui, atteint de surdité. Et aveugle à son entourage de surcroît.  On peut essayer de lui pardonner.

Une seule solution pour briser la glace qui vous enserre… 

Semer l’amour à tous les vents ? 

Non, ce serait idiot, bien choisir vers qui…

Mais avec une force plus grande que tous les tocsins du monde.

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FALBALAS

Tout seul sur cette plage, et tout nu…

J’ai jeté au vent tous les colifichets,

toutes les fariboles dont tu m’entourais,

et tous les oripeaux !

Les petites lettres, les petits mails,

le babil incessant

et toutes les cartes d’anniversaire

que tu envoyais au monde entier

pour montrer, comme au théâtre,

ton grand cœur

au plus large public possible.

A tous les coins de rue,

tu le montrais ton cœur

comme un exhibitionniste

montre sa queue.

Et pour t’applaudir

il fallait un psychiatre,

(et moi ça me châtre)

et qu’il t’applaudisse encore,

et qu’il bisse,

et qu’il trisse…

C’est fait !  Tu dois être heureuse…

En premier lieu, j’ai jeté tes cucuteries,

les petits mots sucrés pour ton amie :

-« Elle est blonde comme moi,

porte le même prénom que moi,

elle est née le même jour que moi,

elle habite l’appartement sous le mien,

(un rez avec jardin)

c’est plus qu’une amie…

mon double, ma sœur, ma jumelle…

Et divine coïncidence :

nous aimons toutes deux

les anges…

en petits bibelots. »

Que tu maniais bien la truelle,

dans l’art d’ étaler les confitures

dans ton esprit.

Spontanée, mais pas née, toi non plus.

Il fallait trop de monde autour de toi,

autour de ton berceau.

Plus de place pour moi.

Qu’aurais-je fait, moi, dans ce zoo ?

Trop de monde c’est trop

quand on veut être à deux !

Tu as commencé à me perdre ce jour-là,

quand tu as présenté –candide ?- ta jumelle

à ta mère…

Cela m’a beaucoup attristé.

J’aurais dû rire à m’en péter les carotides,

à m’en arracher la luette…

Mais j’ai mis trop longtemps à cliquer. 

Je le regrette…

Je n’ai plus que la peau sur les os.

Et plus de peau

sur mon cœur écorché.

Les oripeaux

sont tous tombés.

Même quand  tu riais,

je viens de le comprendre,

tu ne riais pas vraiment.

C’était faux !

C’était un jeu, c’était un cirque…

Un vrai rire, comme l’amour vrai,

dure toute la vie,

et même au-delà.

Un vrai rire est libérateur,

il résonne à l’infini.

Pas besoin d’un balai psychiatrique

ni d’un ballet de mots excentriques,

ni de conceptions pédantes…

Je suis seul face à la mer…

J’écris ces phrases pour moi seul

dans le sable dur.

Elles aussi s’effaceront…

Qui les lira ? Personne…

Ou en tout cas, personne ne comprendra.

L’eau les nettoie,

l’eau nous efface, toi et moi…

Seul face à la mer immense,

oui…ce jour-là, elle seule pouvait combler

le vide de ton absence.

La mer et moi c’est une liaison fusionnelle

(un mot que tu n’aimes pas)

-avec toi c’était presque « fusionul »…

Je suis assis, le cul dans l’eau…

Je pète, je fais des bulles,

c’est la fin de mon lamento.

La sensation que la mer me pénètre,

emprisonne mon sexe de sa main froide

aux multiples doigts d’écume,

se glisse entre mes fesses…

Je ne frémis même pas.

Et j’attends…  j’attends quoi ?

Je ne sais pas au juste….

Je regarde au loin, je scrute les nuages

qui écrivent de gros mots

comme des jurons tout gris dans le ciel bleu,

ou j’attends peut-être l’un ou l’autre mirage

qui, naissant de la mer,

pourrait me rendre heureux…

Notre complicité n’est plus, qui l’eût crû ?

Adieu falbalas !  Adieu horripilants oripeaux,

la mer vous emporte dans son reflux…

J’y jette aussi une carte postale

toute bleue,

adressée à une fée inconnue.

Le bleu est la couleur de la magie

(tu te souviens ?)

Sur cette carte rien n’est écrit,

aucun mot, aucune phrase pompeuse

dont seule tu as le secret.

Le bleu contient ce que je pense

sans jamais le dire à personne. 

C’est tout.

Sans rien faire lire aux coquillages vides,

sans disserter avec les crabes miteux,

sans me confier aux méduses échouées,

sans me dévoiler aux grains de sable

du monde entier…

Une pensée qui n’apparaîtrait

qu’à une seule, blanche, jolie,

unique et rare tourelle,

comme un cadeau très personnel

que je lui offrirais.

Le seul coquillage, la seule tourelle

qui soit encore habitée.

Une pensée n’a pas de mots…

Elle se dévoile simplement quand on la frôle

d’un doigt ou d’un sourire gentil.

La mer l’avale ma carte,

plus avide qu’une boite aux lettres,

plus avide que toi…

pour une pensée qui vient de moi.

L’impression fugace qu’une nymphe,

une fée de la mer,

-une vraie cette fois-

surgira peut-être des flots

ou de cette tourelle…

Nous serions seuls sur cette plage,

vraiment seuls,

et ce serait comme si nous étions mille,

avec plein de clones d’elle et moi,

à se parler sans voix,

avec les yeux…

Accompagnés en sourdine

du bruit seul des vagues complices.

Et c’est fou ce qu’on rirait aux éclats !

Elle aurait de petits seins mignons,

de longues jambes galbées

et me montrerait ses jolis pieds

pour me faire bien voir

qu’elle n’est pas une sirène…

Pour bien me faire comprendre

que notre histoire ne pourrait pas

-comme une queue de poisson-

s’achever.

Mais ce n’est qu’un vrai rêve… 

à ce jour.

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LE DOUTE EN MOI...

Et si je m’étais trompé ?  Si tout ce que j’avais dit, écrit, crié, hurlé, était faux ?

Si tout cela s’adressait de fait à une abrupte Saxonne, mais si dans toute la période écoulée, elle avait vraiment tenté d’être une vraie Celte de légende ?  Une image surréaliste mouvante mais douce, un poème féminin vivant… Iseult mêlée à Boudicca ?

Le doute à tous les vents, à double tranchant, c’est le diamant de l’esprit, c’est l’or de l’âme…  Le doute c’est un envol vers des alternatives différentes, voire un peu folles. Une bille de billard électrique qui tape dans tous les sens.

Les doutes sont des entrelacs celtiques…  Ils s’élancent vers l’avant, vers l’absolu, mais avec lenteur, et reviennent à leurs points de départ chargés de poésie. 

Le doute c’est une façon d’intelligence.  C’est sûr que dans un entrelacs on a la sensation qu’on n’avance pas. 

Pourtant l’entrelacs du chiffre huit couché est le symbole de l’infini…  Mais non, tout est fini.  A quoi bon, le huit n’était pas pour elle…

Mauvaise alchimie.  Intelligence culbutée.  Avec elle, les doutes me bouffaient l’esprit, ils me rongeaient les tripes comme des rats.

Aujourd’hui je pense à elle, je doute encore…   De nouvelles questions m’assiègent, efficaces comme des tours d’assaut. Des trébuchets voudraient abattre mes murs pour mieux l’innocenter.

J’ai tort.   Elle est redevenue une vraie Saxonne.  La preuve ?  Les Saxons ne doutent jamais.  Ils ont raison envers et contre tous. 

On ne peut pas revenir en arrière sur les grands coups de hache d’un étal de boucherie…  Aussi définitivement assourdissants que le silence de la vraie mort.

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