Le long du Rio Mino les coassements de cent mille grenouilles rehaussent follement le silence de la nuit dans un concert grandiose. Instant magique qui nous transpose mille ans ou plus en arrière. Au loin, dans les collines quelques chiens à moitié sauvages aboient à la lune. A la table voisine, de faux touristes anglais parlent du développement de la région, des affaires qu’ils peuvent y faire et des bénéfices escomptés. De petits garçons immatures noyés dans une stupide partie de monopoly. Depuis l’ombre chaude mes yeux s’enflamment… Boule de feu, magie de druide en colère. Ma désapprobation semble faire mouche. Ils se taisent et se perdent, en même temps que leurs idées, dans la contemplation des étoiles curieusement peu nombreuses en ce mois de juin galicien. Leur petit esprit de lucre se dilue dans l’espace sidéral comme un morceau de sucre dans leur thé cinq étoiles. Plus loin, tout au bout de la pente douce menant de l’hôtel au fleuve qui semble dormant, ayant creusé son lit dans la nuit bien des siècles plus tôt, les grenouilles réunies en congrès politique monocorde et discret, annoncent longuement qu’elles vivront en paix, en ce lieu, peut-être dix ans de plus. Peut-être… Il faudrait pourtant que les choses les plus importantes gardent leur importance. A jamais. Sans que l’on doive noyer tous les hommes d’affaitres dans d’énormes cuves de thé bouillant.
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