à Pablo Picasso.
La couleur est abolie.
Un fantôme aux bras de vent
braque une lanterne par la lucarne
d’une étable insensée.
L’un de ses yeux semble atone,
l’autre est empreint d’une tristesse diaphane.
Des cadavres traînent sur le sol en ébullition.
Une femme à moitié nue, aux seins révulsés,
court et semble boire la clarté vive.
Un homme derrière elle,
effacé par les cris,
s’abrase le corps contre les murs tremblants
et chauds.
Il hurle aussi, mais plus fort que les autres.
Une poutre, comme une écharde immense,
vibre dans son dos.
Une lampe mobile
balance ses clartés décadentes
sur les naseaux fumants d’une cavale révoltée
aux dents écartelées par une peur atroce.
Son regard est déjà mort…
Elle rue la cavale,
de trois fers dans l’incompréhension.
La forme est abolie.
La quatrième patte est en arrêt
devant un poing anonyme
crispé sur la dague en tain de ses souffrances,
qui réfléchit, sur le vif de ses nerfs exacerbés,
les rayons sanguinolents
d’une multitude de plaies.
Sa crinière cependant semble fraîche lissée.
Le fond est aboli.
Un bœuf calme comme celui de l’enfant Jésus,
bave
dans la bouche ouverte d’une femme horrifiée
qui porte dans ses bras son enfant démantelé.
Des esprits sans feux rouges, où toutes les idées s’entrechoquaient,
avaient pris place parmi nous…
Un gros militaire catho de la droite d’Espagne,
un petit moustachu ridicule et agité d’Allemagne… Tous deux complices.
La porte avait été ouverte aux tonnerres concentrés et concentriques !
Plus personne, depuis, ne l’a jamais vraiment refermée.
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