Une longue file d’hommes savants s’égrène comme un collier de perles noires et grises sur le long serpent du Temps qui se glisse en silence à travers les siècles.
Tours et détours, arrondis successifs de la pensée unique. Celle qui convient à tous, celle qui ne bouscule personne. Reptations sans fin. Circonvolutions hautement intellectuelles.
Noirs et gris ? Ils sont tristes. Ils n’ont jamais rien inventé. Ils ont tout appris dans le livre de leur siècle comme de bons élèves bien pensants. Ils savent tout mieux que personne. C’est vrai, ils connaissent beaucoup de choses, et plus encore de lettres mortes irrémédiablement. Parfois le serpent tourne en rond pendant des dizaines et des dizaines d’années.
Sur cette route, jamais d’embranchements. A l’horizon jamais de parallèles. Sauf si elles sont cachées, ça et là, par les hauts clochers d’une Inquisition toujours vivace, ou par les collines resplendissantes et ensoleillées du Pouvoir ou encore enfouies dans les vallées occultes des Puissances de production, piquées de bosquets touffus et odorants comme des poils pubiens rarement lavés.
A moins que des chemins de traverse ne soient dissimulés par les bois sombres et frémissants de la superstition.
Il y a peut-être d’autres voies, mais elles sont bien cachées quand elles ne mènent pas aux vérités officielles. Et bien sûr tous ces hommes très savants sont tous payés par la même bourse.
Il n’y a qu’à voir le nombre de passerelles visibles (il suffit de gratter un peu) qui relient les clochers aux collines, et certaines même qui enjambent discrètement les fleuves pour mener aux vallées obscures …
Quelques-uns sont payés pour répandre les superstitions et les faux bruits, et d’autres enfin pour se consacrer aux métiers de clowns télévisés et d’amuseurs publics. C’est un métier très récent et vu son importance, c’est celui qui est le mieux rémunéré. Le but du jeu est de nous empêcher de penser, de nous rendre bêtes à bouffer du foin, de nous ramener à l’inculture totale.
Ceux là ne sont pas des savants… Ils courent dans les prés, faisant leurs cabrioles et leurs grimaces avec plus ou moins de talent, et retentir leurs grands rires hennissants.
Et si vous jetiez en l’air une idée originale comme un pétard dans le silence ?
Elle ne toucherait que vos amis proches.
Personne ne la diffuserait.
Et si, par chance, vous alliez plus loin, vous aviez la force de vous obstiner, tout de suite les savants d’hier –métamorphosés- deviendraient les inquisiteurs d’aujourd’hui.
Il faut peu d’imagination pour les voir de manière anticipative : hideux, dominés par les grimaces de haine qu’ils ne peuvent cacher.
Scandalisés, ils vous rabrouent et vous musèlent. Ils vous ridiculisent. Ils vous infligent, au hasard, de grandes et de petites morsures, des blessures qui vous marquent à jamais. Et ne se taisent que lorsque vous êtes anéantis.
Rassurés, ils peuvent alors reprendre leurs petits tours ridicules de petits chiens savants à la satisfaction générale… Et leur longue marche, noire et grise, sans renifler le chemin, sans coups de flair, sans coups d’ instinct, sans coups de génie.
Pourtant la route… le long serpent… Symbole de la connaissance cachée.
Je n’avais dit qu’une chose évidente, c’est que nous poursuivions beaucoup de buts futiles depuis des siècles, que le seul espoir de l’humanité était de connaître ses vraies origines et qu’il faudrait absolument, aujourd’hui et demain, et dans les dizaines d’années qui viennent, se comporter devant les multitudes d’énigmes archéologiques et autres de notre planète, comme si nous venions de débarquer sur un astre inconnu.
L’humilité d’explorer, d’essayer de comprendre…
Avec une certitude absolue : la connaissance du passé le plus lointain est la clef du futur…
Pourquoi bouche-t-on toutes les serrures avec du métal fondu ?
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