à Jean Francis
Que l’on ait six ans, moins ou davantage, le tocsin sonne toujours une fois dans l’enfance ou dans l’adolescence. A la volée. Il crie : danger.
Le drame c’est qu’on ne l’entend pas vraiment. Même s’il frappe à grands coups.
Il se marque dans la chair sournoisement. Il vous fige comme sous l’effet d’un poison paralysant..
Et il peut toujours faire mal cinquante quatre ans plus tard. Ou moins tard, ou beaucoup plus tard encore… Selon le style et la gravité de l’événement qu’il avait ponctué.
A soixante ans, il sonne avec retard et vos oreilles le perçoivent cette fois. Il n’est plus temps de vous soigner, ou de faire quelque chose. L’enfant de six ans est toujours là, désarmé, tapi dans un endroit profond… Inaccessible. Il pleure en vous.
Et l’on comprend mieux le père absent. Lui aussi devait avoir un enfant caché au fond de lui, atteint de surdité. Et aveugle à son entourage de surcroît. On peut essayer de lui pardonner.
Une seule solution pour briser la glace qui vous enserre…
Semer l’amour à tous les vents ?
Non, ce serait idiot, bien choisir vers qui…
Mais avec une force plus grande que tous les tocsins du monde.
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