Quelles aires avais-je déjà parcourues (et vers où) avant de savoir que les mains agitées devant ma pensée étaient à moi, que je pouvais à mon gré les mouvoir ou les laisser immobiles ?
Ce fut la fièvre : toucher ma pensée. Et la folie : elles rencontrèrent un visage.
Les sociétés pélagiques m’ignoraient. Résigné, je flottais entre deux eaux et regardais de moins en moins souvent mes mains. Elles ne pouvaient me dégager, me propulser vers l’onde supérieure.
Qui n’a déjà regardé ses mains ? Elles obéissent, dépendent de vous, mais prennent des mines bizarres et semblent étrangères. Les miennes surtout depuis qu’elles étaient palmées.
Un jour, une nuit peut-être, une baleine passa ! Elle poussait vers moi son ventre blanc, sensiblement provocante. Mes bras déroulèrent leurs anneaux de timidité, et projetées vers l’avant avec le balancement du serpent, mes mains s’habillèrent d’une caresse en frôlant le ventre offert.
Elles me revinrent plus nues que jamais. Dépouillées de leur innocence. Je les cachai derrière mon dos.
Une voix se leva comme un marteau :
-Qu’as-tu ? Que fais-tu ?
Je bredouillai :
-Ce n’est pas moi… Ce sont mes mains !
Depuis ce jour il y a un dieu : la conscience, et son bras droit : le remords. Il n’y a plus qu’une eau, elle est trouble. Et deux courants : le bien, le mal.
Pourquoi ai-je eu honte de mes mains nues ?
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