Les mers de Bretagne sont un énorme dragon qui dort. Parfois, venant du plus profond des contes les plus anciens, et parfois dans l’Histoire, il se réveille… il gronde, déploie ses ailes en vagues énormes.
Le claquement de celles-ci contient toute la rage du monde. C’est un fouet qui nous bat. Il dessine à l’encre de Chine, dans l’âme, les portraits de nos aïeux foudroyés et jetés bas du piédestal de leur légende personnelle, disloqués comme des marionnettes sans fils. En longs traits comme des meurtrissures, larges et profondes, exsudant du sang noir.
Sur la plage, à coups rapides, comme les battements d’un cœur, le vent finit par chasser l’encre du ciel barbouillé et aussi celle qui m’a déchiré et noirci intérieurement.
Il y a là, dix mètres au-dessus de ma tête, un carrousel de mouettes rieuses, qui sur leurs plumes blanches emportent un peu du résidu noir dont le ciel et moi étions maculés.
Elles me tournent autour, riant, criant. Souhaitent-elles la bienvenue ? Au-travers de ces cris qui pourraient être de joie, on peut imaginer les mouettes avec les commissures retroussées dans un sourire éternel.
Là est toute la Bretagne, créatrice de mythes et de légendes, remettant en route, encore aujourd’hui, le moteur de l’imaginaire de chacun.
Aujourd’hui ? Bizarre, pendant que les mouettes tournaient et que la tête jetée en arrière je suivais leur vol, tournant aussi sur moi-même -mais moins rapide qu’un derviche- dix siècles viennent de passer. En arrière ou en avant ?
Mon regard rase les flots, mouette en quête d’une proie. Boire l’océan. Par les yeux. Ivresse intime infinie…
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