Oui, une victoire... c'est le moment ou jamais...
La terrible erreur des francophones de Belgique a été d'accepter, il y a quelques dizaines d'années, que le volet linguistique du recensement décennal soit supprimé.
Il est temps de rétablir ce recensement, et avec son volet linguistique prévu dans la loi de 1963.
C'est la seule façon de débloquer la situation politique pitoyable que l'on vit actuellement. La seule façon de savoir combien de francophones vivent actuellement dans ce pays, le long de cette stupide et surréaliste "frontière linguistique". La loi de 1963 (jamais appliquée) prévoit d'ailleurs que cette frontière linguistique soit revue tous les 10 ans en fonction du nombre d'habitants, dans les deux régimes linguistiques, qui habitent les communes limitrophes de cette frontière.
Voilà, remettre les compteurs à zéro ! Savoir de qui (de quel nombre d'habitants) on parle, et lesquels veulent faire partie ou non de la Flandre conquérante d'extrême droite et demanderesse d'indépendance, ou de cette pauvre et (trop) "gentillette" Belgique que l'on traîne dans la boue.
Une victoire serait de rétablir le volet linguistique et permettrait enfin de savoir précisément quelles sont les "forces" en présence. A partir de là on peut discuter sérieusement.
Sans cela, les extrémistes flamands pourront dire un jour prochain que leur nombre est le double de celui des francophones en forçant bien sûr les francophones qui habitent "en Flandre", à prendre une carte d'identité flamande et en les obligeant à voter pour des listes flamandes.
Trop gentille la Belgique ? Bien sûr... Je défie quiconque, 200 énervés francophones par exemple, d'aller brûler le drapeau flamand dans une rue d'Anvers ou de Gand... Qu'arriverait-il ?
Et si 200 racistes allaient brûler le drapeau marocain ou turc à Saint-Josse ?
Pourquoi accepte-on que les flamands extrémistes puissent impunément brûler le drapeau belge dans les rues de Rode-Saint-Genèse (ou n'importe où ailleurs)?
Pourquoi accepte-on qu'ils puissent faire de la provocation à Waterloo, à proximité de la butte du Lion ? Hé oui, le lion (frère de celui qui orne le drapeau de la Flandre) symbolise la défaite des Français en 1815. C'est donc la langue française et nos amis français qu'ils veulent piétiner en même temps que la Belgique?
A quoi sert un Ministre de l'Intérieur ? Laisser brûler le drapeau belge... Ne pas faire charger la gendarmerie... C'est une plaisanterie... Une double plaisanterie puisque nous n'avons plus de gendarmes !
Qui donc aujourd'hui est chargé du maintien de l'ordre ? Et pourquoi ce laxisme étonnant ? Pour ne pas envenimer la situation au moment de la formation d'un gouvernement ?
Il fallait un geste fort face à ce drapeau brûlé, c'est en tout cas ce que la majorité des francophones attendait.
Il fallait embarquer tous les fauteurs de troubles...
Une autre victoire ? La plus importante peut-être...
C'est de gommer définitivement les effets pervers du bilinguisme à Bruxelles et ailleurs. Combien de Flamands qui baragouinent à peine vingt mots de Français sont considérés comme bilingues ? Qui leur fait passer l'examen linguistique -à condition qu'ils le passent- ? D'autres francophones laxistes ? Ou plus simplement, d'autres "Flamands bilingues" ? Quant à l'examen linguistique en flamand, soyez sûrs qu'il est bien ficelé et que peu de francophones sont à même de le réussir, car là, les examinateurs sont sans pitié.
Mais ce n'est pas tout... Effet pervers ? Oui, les entreprises privées (majoritairement flamandes) n'engagent plus que d'autres flamands. Combien d'annonces, sur internet ou dans la presse écrite, précisent désormais, lors d'un appel d'embauche, qu'il faut être bilingue et "echte Vlaams".
Incompréhensible que personne n'ait encore porté plainte pour ségrégation.
Mieux, lorsqu'il s'agit des Administrations ou de l'un ou l'autre parastatal, et comme neuf fois sur dix l'embauche est confiée à un néerlandophone, de son propre chef, il n'engage que des Flamands comme lui.
Mieux encore ? La SNCB engageait récemment de nombreux collaborateurs pour s'occuper des plaintes des usagers. L'annonce sur internet ne précisait aucunement qu'il fallait parler flamand. Et c'est normal puisque l'on peut présumer que les Chemins de Fer belges ont dans leur clientèle un panel de ressortissants de tous les pays d'Europe. Alors, il suffisait de téléphoner à la jeune dame chargée de la sélection, une Flamande bon teint, et de dire que l'on était trilingue "Français-Espagnol-Anglais" pour être refusé : "geen nederlands, geen werk" ! Bel exemple d'intégration européenne ! Un peu écoeurant, non ? Comme si les dossiers de réclamation, autres que ceux en flamand, ne pouvaient pas être traités par un francophone trilingue, ou par un espagnol bilingue-français. C'est cela qu'il faut changer ! Sinon l'on continuera de dire pendant longtemps que le chômage est plus important à Bruxelles qu'en Flandre.
Et si, comme d'aucuns l'ont déjà suggéré, on décidait enfin de faire payer ses impôts dans la région où l'on travaille... Bien sûr cela assainirait la situation financière de la ville de Bruxelles, mais cela ne donnerait pas davantage d'emplois aux francophones.
L'on voit, avec émotion, fleurir aux fenêtres, dans les communes bruxelloises, de multiples drapeaux belges.
Il ne faut pas se tromper sur le sens profond de cette floraison sympathique qui fait chaud au coeur.
Cela ne signifie nullement que les Bruxellois soient prêts à tout sacrifier pour que vive la Belgique... Ils veulent une Belgique où les francophones cessent d'être colonisés par les impérialistes flamands. Ils veulent une Belgique où les francophones aient également le droit de travailler. Ils veulent une Belgique où la passion linguistique se soit éteinte et où l'on peut sympathiser franchement avec des flamands intelligents qui ont résorbé leur acné linguistique et leurs penchants droitiers. Mais combien sont-ils ceux-là si l'on décompte tous ceux qui ont voté pour le cartel de M. Yves Leterme et pour tous les autres partis nationalistes flamands comme le "Vlaams Belang" et autres mosaïques d'excités ? La bonne question est de savoir combien y a-t-il encore de Flamands modérés. Combien y a-t-il de Flamands qui se sentent belges et européens avant d'être flamands ?
Les Francophones de Bruxelles (et de Wallonie s'il y en a) qui mettent le drapeau belge aux fenêtres, veulent tout simplement la justice et les mêmes chances que les Néerlandophones.
Le comble ? C'est que partout en Wallonie, dans les hôtels, les restaurants, les entreprises multinationales ou les entreprises belges (rachetées par des capitaux flamands) on exige également le bilinguisme, car le tourisme fait vivre la Wallonie, et les Flamands qui viennent en week-end et en vacances, exigent qu'on les accueille en Flamand. La réciproque, en Flandre, se vérifie-t-elle ?
Les Francophones unilingues, ou bilingues avec une autre langue européenne que le flamand, ne veulent plus qu'on les cantonne dans toutes les tâches subalternes du pays. Et ceci est le vrai problème.
Jean-Luc Vernal.